30 avril, 2008

Bloguer est-il un loisir hivernal ?


Mon dernier billet remonte au 24 avril. J'y avais fait un maximum de boucane avec un minimum de recherches, comme tous ceux qui font de l'actualité en fonction de leurs humeurs du jour, assaisonnées d'idées reçues et d'un brin de démagogie. Bref, c'était un très mauvais billet. Je ne renie rien de ce qui a été écrit, mais j'aurais pu nuancer davantage et mieux expliquer avant de plaquer mes conclusions.

Ce délai de 6 jours, entre le 24 et le 30 avril, c'était déjà des vacances sans le dire. Je suis venu près de faire un billet sur les chicanes de bureau: celle impliquant Fabienne Larouche et Chantal Fontaine, celle entre Guy A. (wouf-wouf) Lepage et Radio-Canada au sujet des excuses à Fabienne, celle entre Bruno Fortier et la mystérieuse inconnue envers qui il a posé un geste inconnu, le tout captant l'attention de l'Assemblée nationale et de la classe médiatique parce que M. Fortier fréquente (fréquentait ?) quelqu'un de connu. Puis j'ai laissé tomber: il y a là trop d'humeur et pas assez de substance.

J'ai aussi laissé tomber un projet de blogue sur une remarque judicieuse de la belle Arianna au sujet de la campagne politique américaine: tous les sondages indiquant que l'opinion du peuple américain va contre la guerre en Irak, pour une meilleure couverture du système de santé et pour la protection de l'environnement, il est étrange de constater que les «mainstream» médias et la classe politique américaine défendent encore les valeurs de la droite, les valeurs des 28 % de «purs et durs» qui approuvent George W. Bush. J'y serais allé d'une autre diatribe sur les perversions de la ploutocratie américaine où finalement seuls les intérêts des riches sont pris en compte par la classe dirigeante et ses porte-voix.

Mais j'en ai un peu marre de dénoncer les travers de la démocratie américaine. Dans ces temps-là, je me fais penser à un vieux qui rabâche. Eh oui, on peut être de gauche et rabâcher. Un discours peut-être vrai mais s'avérer inutile et même susciter le rejet s'il est répété ad nauseam d'une façon qui ne convienne pas à la saveur du jour. Il n'est pas vrai que les idées soient éternelles. Elles meurent aussi, comme les enfants, comme les espèces, comme les civilisations. Leur seul atout, à l'opposé des enfants, des espèces et des civilisations, c'est qu'elles peuvent ressusciter.

Il fait beau. Même s'il pleut et s'il vente, on est bien dehors. Les premières feuilles se déploient dans les arbres. Les iris cherchent à percer. Le soleil, l'occasion, l'herbe tendre guident nos pas loin des esclandres. Je me pose même la question: bloguer est-il un loisir hivernal ? Ce que je sais cependant, c'est qu'il s'agit d'un loisir infernal quand le coeur n'y est pas.

À bientôt, dans «pas long».
__________________________________________________________

photo: sun worshiper, par freckle'sphotos.

24 avril, 2008

À partir maintenant d'aujourd'hui


«À partir maintenant d'aujourd'hui...» Cette expression nous vient de Claude Poirier, Monsieur «Comment se fait-il ?» lui-même. Comment se fait-il que la police bla bla bla... Comment se fait-il que le juge Untel bla bla bla... Comment se fait-il que le ministre de la Justice bla bla bla... Si le Québec ne bénéficiait pas des judicieux avis de cet enquêteur émérite, de ce juriste distingué, de ce politicien chevronné, où irait-il ? Une deuxième question se pose. Après avoir travaillé dans les médias pendant plus de quarante ans, comment se fait-il que Claude Poirier ne sache pas encore comment parler français ?

À partir maintenant du 1er septembre, TQS ne diffusera plus de bulletins de nouvelles et mettra à pied 280 personnes. L'Assemblée nationale est aux abois. Le PQ a le couteau entre les dents et veut rapatrier la juridiction du CRTC. Gilles Duceppe confère avec Jean-Luc Mongrain, le tout en gros plan sur TVA. Les ténors régionaux se sentent encore une fois dépouillés par du monde de «Morial». Un brin d'émotion filtre dans la voix et la plume des journalistes qui traitent de cette nouvelle «objectivement», les mêmes qui nous annoncent avec sérénité la mise à pied de 1 000 personnes par-ci et de 2 000 personnes par-là.

On s'en prend personnellement aux frères Rémillard qui ont décidé de foncer dans le tas et de sauver les 370 emplois qui restent, tout en faisant de l'argent, si possible, peut-être. Remstar n'est pas le sauveur, c'est le «goon», le monstre, le sauvage capitalisse. Et si le CRTC ne leur accorde pas la license ? Et si Remstar est boycotté ? Et si Remstar fait comme le Cirque du soleil, s'il laisse tomber un dossier pourri par les politicailleries, les syndicaleries et les bonnesâmeries de toutes sortes ? Eh bien, cela ne fera que 370 chômeurs de plus.

Comme le disait un quidam à Maisonneuve en direct, c'est quoi votre problème ? Vous avez déjà écouté les nouvelles à TQS ? Avez-vous une idée de ce à quoi cela ressemblait ?
_________________________________________________________

photo: Entrevue avec Josée Turmel de TQS, par Jolliet.

Addendum au 2 mai 2008: voir en complément l'excellente lettre au lecteur d'Alain Charbonneau.

23 avril, 2008

Léo chante Villon

L'Épitaphe de Villon

Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

paroles: François Villon (1431- ? )
musique: Léo Ferré (1916-1993)

20 avril, 2008

Des pinsons et des faucons


Je lisais des articles sur les primaires américaines quand je me suis arrêté pour regarder dehors. La neige a fondu dans la cour, le soleil a fait son travail. Et là j'ai vu un petit oiseau que je cherche depuis plus de 60 ans: le pinson à gorge blanche, celui qui chante «l'as-tu vu, Frédéric, Frédéric, Frédéric ?». Ce chant est entré dans ma mémoire avant même d'aller à l'école du rang. Mais avant ce matin, je n'avais jamais vu l'oiseau. Il picorait simplement dans la cour. Encore un autre rêve de réalisé ! Bientôt, il ne m'en restera plus beaucoup, de rêves.

Pour en revenir aux primaires américaines, il se dégage un affreux pessimisme chez les commentateurs «libéraux» d'outre-frontière. Bob Herbert, le «columnist» noir du New York Times, ne cesse de blâmer Barak Obama pour ses gaffes. D'autres se demandent cyniquement quand Obama cessera-t-il de dire la vérité, quoi, ce n'est pas une façon de se faire élire ! Camille Paglia, la féministe bisexuelle radicale, nous déconseille vivement de voter pour Hillary Clinton, de même qu'Arianna Huffington, la millionnaire qui a lancé le Huffington Post.

La mécanique de l'argent qui dirige la ploutocratie américaine a fait en sorte que le Parti démocrate se retrouve avec un noir et une femme comme candidats potentiels. Et John McCain, le républicain qui nous promet de rester en Irak pour cent ans et d'attaquer l'Iran en plus, est mort de rire, un peu de la même façon que Jean Charest était mort de mort de rire à l'idée d'affronter André Boisclair. Les lumières de la rectitude politique ne pénètrent pas dans la pénombre de l'isoloir.

George W. Bush a beau obtenir un taux de satisfaction de 28 % dans les sondages, le commentateur David Michael Green se demande si les Américains rejettent la personne même de Bush ou ce type de politicien en général. La question se pose puisque John McCain propose de se faire élire en conservant la même plate-forme que Bush. Green est d'avis que le peuple américain va passer un test:

Americans are being tested now. They know they're dissatisfied with the crappy cards they've been dealt these last three decades. They know that Bush is a disaster. They know that he's such a loser that even his parents told him so when he was growing up. (Nowadays Poppy and Bar just try to pretend the kid doesn't exist at all. Who can blame them? On top of your own weak and forgotten presidency, how'd you like to know that you fathered the worst president in the entire history of the republic? Ouch.) Unfortunately, because they've been rigorously dumbed down and subjected to relentless conservative propaganda and highly successful reframing efforts, Americans haven't yet put together that the source of their malady is itself the regressive right, who of course always claim to be the greatest of patriots.
C'est ce que je me disais avant que le peuple américain ne réélise Bush malgré les mensonges évidents, le désastre irakien, l'irresponsabilité fiscale et le mépris de la constitution américaine. Aujourd'hui je ne mettrais pas un cinq «cennes» percé sur l'élection d'un démocrate à la Maison Blanche.
_________________________________________________________
photo: source inconnue.

18 avril, 2008

La délinquance molle


J'aime bien Richard Martineau. Il est divertissant. Il s'est donné pour mission implicite de «fesser dans le dash». Chacun de ses billet est court et clair, tout comme le coup de ciseau du sculpteur. Il sculpte un monument à sa persona, ce qui implique qu'il puisse frapper de droite et de gauche alternativement, de haut ou par en dessous selon les besoins de la démonstration du jour.

Je suis loin de m'en offusquer. Comme je l'expliquais ici, tous les médias ont essentiellement une fonction de divertissement, quelle que soit leur prétention à faire de l'information dite sérieuse. La chanson En r'venant de Rigaud est du divertissement tout autant que la musique sérieuse de Pierre Schaeffer, compositeur de l'Étude no 5 Pathétique, surtout si on sait que cette pièce de musique concrète porte également le nom d'Étude aux casseroles. Elle ne s'adresse tout simplement pas au même public cible.

Je fais cette longue introduction pour vous préparer au choc de la révélation: Richard Martineau peut dire une chose et son contraire dans la même semaine. Les pièces à conviction sont les suivantes:

Le nouveau Refus Global, 10 avril 2008, et
La faute aux autres, 17 avril 2008.

Le 10 avril, il vitupérait les talibans de la santé:

Mais ces temps-ci, quand j'entends toutes les conneries qui se disent sur la vente de cigarillos, j'ai le goût de me remettre à fumer comme une cheminée. J'en fumerais quatre en même temps. Juste pour emmerder les talibans de la santé.
Il avait également eu la bonne idée de proposer l'institution d'une journée de la Délinquance pour commémorer le Refus Global:
Après avoir critiqué les curés en soutane, le temps est venu de critiquer les curés en pantalon de lin 100 % écolo tissé par des Tibétaines lesbiennes non-fumeuses qui se nourrissent de lait bio tiré à même le gnou par des militants bouddhistes adeptes de voyages équitables.
Sa révolte contre la rectitude établie était malheureusement temporaire. Le 17, il revenait aux valeurs de base, aux temps gris du petit quotidien fait de responsabilité, de prise en charge de soi-même et de la réduction des charges de l'État, des termes récurrents de toutes les campagnes politiques de droite. Parlant d'un cancéreux qui continue de fumer, il explose:
C'est bien beau, demander à l'État de nous prendre en charge et de nous aider à nous relever chaque fois que nous trébuchons, mais il y a une maudite limite, non?

Quand t'es rendu à fumer PENDANT tes traitements de cancer, tu agis de façon irresponsable. Pourquoi la collectivité paierait-elle les traitements d'une personne qui, visiblement, se fout totalement de sa santé ?

Je ne dis pas que l'État devrait cesser de soigner les fumeurs. Mais il y a une marge entre fumer PUIS attraper le cancer et fumer PENDANT que des médecins tentent de soigner ton cancer ! «Aide-toi et le ciel t'aidera», bordel !

Si tu te crisses de ton corps, pourquoi l'État devrait-il s'y intéresser ? Les salles d'attente des hôpitaux sont remplies de gens qui veulent guérir. Ça ne t'intéresse pas de combattre ton cancer ? Prends tes cliques et tes claques et cède ton lit à quelqu'un d'autre. Va t'acheter 15 cartouches de cigarettes sur une réserve amérindienne et fume jusqu'à ce que mort s'ensuive.
En trois coups de cuillère à pot, il nous règle une bonne partie de ce qui empoisonne notre existence:
C'est toujours la même maudite histoire : chaque fois qu'un problème accable notre société, on pointe les autres du doigt. «C'est la faute aux syndicats, à l'État, aux politiciens, aux médias...» Et nous ? Nous n'avons rien à nous reprocher, nous ?

Si les gens cessaient de se rendre à l'hôpital au moindre signe de grippe, les salles d'attente des hôpitaux seraient peut-être moins engorgées.

T'as un cancer ? Arrête de fumer. T'as un problème de jeu ? Consulte un psy. T'as des enfants ? Prends-en soin. Tu détestes ça quand il y a de la vermine dans ton appartement ? Passe le balai de temps en temps et sors tes poubelles.

J'en suis resté tout baba. Que font nos sociologues, nos économistes, nos politiciens. Ils ne lisent donc jamais le Journal de Montréal ? Pourtant, on y trouve la solution à bien des problèmes !

On pourrait arguer que de faire une journée de «délinquance molle» par année et 364 jours de prise en charge responsable de soi-même, ça n'est pas incompatible. Mouais. Sauf qu'on vient de faire la preuve par quatre que les fumeurs coûtaient moins cher à la société que les non-fumeurs. Alors, si un cancéreux en phase terminale décide de continuer à fumer, je propose qu'on lui laisse la paix.

(Divulgation) Je prêche pour ma paroisse. Je l'ai déjà décidé: si on me trouve un cancer, je recommence à fumer. C'est la seule perspective qui peut me consoler de ne pas fumer ces temps-ci. Au fond, je n'ai pas cessé de fumer, j'ai remis ça à plus tard.
________________________________________________________

photo: Smoker's darkness, par giuvax.

Publicité: pour ceux qui ont entendu parler de la publication des croquis de Darwin sur le net, vous n'avez qu'à cliquer sur l'image de Darwin , à côté, pour les trouver.

17 avril, 2008

L'eau du bain


Marc Cassivi a bien ri au deuxième Cabaret insupportable de Transthéâtre, au Lion d'or. Certains numéros brillaient de cynisme et d'autodérision. Il nous décrit le type de spectateurs qui risquent d'aimer le spectacle:
Ceux qui, en revanche, sont exaspérés par le boy-scoutisme écolo, le dogme du bon sentiment, le romantisme fleur bleue, le prêchi-prêcha «vision-mondialiste» et la complaisance généralisée de notre époque devraient prendre leur pied comme moi (malgré quelques longueurs et ma participation involontaire à un sketch).
J'ai moi aussi ridiculisé les excès des écolos de salon. Plusieurs le font, mettant en contradiction les écolos qui s'opposent à l'hydro-électricité aux écolos qui s'opposent à l'éolien, aux écolos qui s'opposent au nucléaire, aux écolos qui s'opposent au bois de chauffage. Les personnes vraiment informées dans ce complexe quadrillage de sciences, de technologies, d'intérêts économiques et de choix de société finalement, ne sont pas écoutées et choisissent de gagner leur vie en enseignant ou en faisant d'obscures recherches sur des sujets abscons.

Ces experts, ceux qui savent, finissent par se la fermer. Et c'est probablement en hochant la tête de découragement qu'ils voient les gens se détourner de plus en plus d'une vision écologiste éclairée après avoir été bernés et ridiculisés par un tas d'éco-fascistes, d'éco-bidons et d'éco-vedettes qui ne font qu'embrouiller un débat déjà très exigeant sur le plan de la rigueur intellectuelle.

Dans ce domaine, comme dans celui de la neurochirurgie, la bonne volonté ne suffit pas. Les effets à court et long terme sur la société sont trop importants pour les laisser aux bons soins de nos sympathiques coups de coeur. Les partisans des biocarburants et les opposants aux OGM ont fait déjà assez de mal comme ça. Un peu de rigueur, s'il vous plait.

Quand je ridiculise les écolos de salon, c'est que j'en ai vraiment assez d'eux. Ils sont en train de créer un effet de backlash contre tout le mouvement écologique. Ils sont l'eau du bain. Et les rejetant cependant, on risque parfois de jeter aussi le bébé. Triste constat.
_______________________________________________________

photo: Baby Bubble Bath, par a laubner.

16 avril, 2008

Les Boys

Qu'ils soient Russes, Canadiens, Américains ou mêmes Talibans, les exécuteurs des volontés tordues des politiciens sont la fierté de leurs congénères.

Jouer avec la mort vous confère un caractère sacré.