
J'aime bien Richard Martineau. Il est divertissant. Il s'est donné pour mission implicite de «
fesser dans le dash». Chacun de ses billet est court et clair, tout comme le coup de ciseau du sculpteur. Il sculpte un monument à sa
persona, ce qui implique qu'il puisse frapper de droite et de gauche alternativement, de haut ou par en dessous selon les besoins de la démonstration du jour.
Je suis loin de m'en offusquer. Comme je
l'expliquais ici, tous les médias ont essentiellement une fonction de divertissement, quelle que soit leur prétention à faire de l'information dite sérieuse. La chanson
En r'venant de Rigaud est du divertissement tout autant que la musique sérieuse de
Pierre Schaeffer, compositeur de
l'Étude no 5 Pathétique, surtout si on sait que cette pièce de musique concrète porte également le nom d'
Étude aux casseroles. Elle ne s'adresse tout simplement pas au même public cible.
Je fais cette longue introduction pour vous préparer au choc de la révélation: Richard Martineau peut dire une chose et son contraire dans la même semaine. Les pièces à conviction sont les suivantes:
Le nouveau Refus Global, 10 avril 2008, et
La faute aux autres, 17 avril 2008.
Le 10 avril, il vitupérait les talibans de la santé:
Mais ces temps-ci, quand j'entends toutes les conneries qui se disent sur la vente de cigarillos, j'ai le goût de me remettre à fumer comme une cheminée. J'en fumerais quatre en même temps. Juste pour emmerder les talibans de la santé.
Il avait également eu la bonne idée de proposer l'institution d'une journée de la Délinquance pour commémorer le Refus Global:
Après avoir critiqué les curés en soutane, le temps est venu de critiquer les curés en pantalon de lin 100 % écolo tissé par des Tibétaines lesbiennes non-fumeuses qui se nourrissent de lait bio tiré à même le gnou par des militants bouddhistes adeptes de voyages équitables.
Sa révolte contre la rectitude établie était malheureusement temporaire. Le 17, il revenait aux valeurs de base, aux temps gris du petit quotidien fait de responsabilité, de prise en charge de soi-même et de la réduction des charges de l'État, des termes récurrents de toutes les campagnes politiques de droite. Parlant d'un cancéreux qui continue de fumer, il explose:
C'est bien beau, demander à l'État de nous prendre en charge et de nous aider à nous relever chaque fois que nous trébuchons, mais il y a une maudite limite, non?
Quand t'es rendu à fumer PENDANT tes traitements de cancer, tu agis de façon irresponsable. Pourquoi la collectivité paierait-elle les traitements d'une personne qui, visiblement, se fout totalement de sa santé ?
Je ne dis pas que l'État devrait cesser de soigner les fumeurs. Mais il y a une marge entre fumer PUIS attraper le cancer et fumer PENDANT que des médecins tentent de soigner ton cancer ! «Aide-toi et le ciel t'aidera», bordel !
Si tu te crisses de ton corps, pourquoi l'État devrait-il s'y intéresser ? Les salles d'attente des hôpitaux sont remplies de gens qui veulent guérir. Ça ne t'intéresse pas de combattre ton cancer ? Prends tes cliques et tes claques et cède ton lit à quelqu'un d'autre. Va t'acheter 15 cartouches de cigarettes sur une réserve amérindienne et fume jusqu'à ce que mort s'ensuive.
En trois coups de cuillère à pot, il nous règle une bonne partie de ce qui empoisonne notre existence:
C'est toujours la même maudite histoire : chaque fois qu'un problème accable notre société, on pointe les autres du doigt. «C'est la faute aux syndicats, à l'État, aux politiciens, aux médias...» Et nous ? Nous n'avons rien à nous reprocher, nous ?
Si les gens cessaient de se rendre à l'hôpital au moindre signe de grippe, les salles d'attente des hôpitaux seraient peut-être moins engorgées.
T'as un cancer ? Arrête de fumer. T'as un problème de jeu ? Consulte un psy. T'as des enfants ? Prends-en soin. Tu détestes ça quand il y a de la vermine dans ton appartement ? Passe le balai de temps en temps et sors tes poubelles.
J'en suis resté tout baba. Que font nos sociologues, nos économistes, nos politiciens. Ils ne lisent donc jamais le Journal de Montréal ? Pourtant, on y trouve la solution à bien des problèmes !
On pourrait arguer que de faire une journée de «délinquance molle» par année et 364 jours de prise en charge responsable de soi-même, ça n'est pas incompatible. Mouais. Sauf qu'on vient de faire la preuve par quatre que les fumeurs coûtaient
moins cher à la société que les non-fumeurs. Alors, si un cancéreux en phase terminale décide de continuer à fumer, je propose qu'on lui laisse la paix.
(Divulgation) Je prêche pour ma paroisse. Je l'ai déjà décidé: si on me trouve un cancer, je recommence à fumer. C'est la seule perspective qui peut me consoler de ne pas fumer ces temps-ci. Au fond, je n'ai pas cessé de fumer, j'ai remis ça à plus tard.
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photo: Smoker's darkness, par
giuvax.
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